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Questions

  • Le mystère des trains vides

    Il y a trois ans, j’ai passé deux nuits à la Clinique Saint-Joseph de Lobbes après être tombé d’une échelle. La Clinique borde le chemin de fer et, sans vraiment tendre l’oreille, on peut discerner, entre les bips des appareils médicaux, le passage des trains vers Erquelinnes ou Charleroi-Sud. A leur façon, les automotrices rythment le temps, aident à compter les heures avant les prochaines visites. Lorsqu’on connait leurs horaires, on sait quand la dernière est passée et quand la nuit s’installe sur la ligne et dans la chambre.

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    (ci-dessus: La gare de Lobbes jouxte la Clinique Saint-Joseph. Photo prise le 1er janvier 2007.)

    La dernière automotrice du jour est un train roulant à vide, pas en service commercial. Parfois, le conducteur a éteint l’éclairage des voitures. Parfois pas. Ce qui est sûr, c’est que le train roule, avec un conducteur et – il faut le supposer – un accompagnateur, une accompagnatrice peut-être, rentrant au dépôt, à Charleroi, pour reprendre la voiture. Il n’y a aucun voyageur, pas d’arrêt en gare, juste une automotrice filant comme pour en finir avec le jour.

    Il en va de même le matin. Ils sont trois, aux petites heures, les trains vides qui filent vers Erquelinnes sans abonnés à bord. Leur seul service commercial sera celui qui chargera les travailleurs matinaux, les étudiants aux longs cours, vers Charleroi, après le changement de poste de conduite. A la Clinique, ces deux matins-là, ils m’ont réveillé gentiment. Mais après le petit-déjeuner, je me suis demandé où se trouvait la logique financière en la matière. Un train un peu occupé n’est-il pas plus rentable qu’un train roulant à vide, sur un parcours donné, à une heure donnée ?

    La Belgique a beau être la patrie du surréalisme, il doit y avoir une explication logique, que j’aimerais avoir tôt ou tard… Tant qu’à savoir, qu’on nous explique également les déterminants de la rentabilité du service voyageurs à la SNCB. Il sera nécessairement question de coûts et de recettes. Le nombre de voyageurs doit bien figurer parmi ces déterminants. Et j’ose croire que les coûts d’un train roulant à vide sont à peu près les mêmes qu’un train embarquant, çà et là, quelques voyageurs. Ce ne sont tout de même pas les huit minutes de coût salarial pour deux employés, celles dont la SNCB ferait l’économie si un train à vide arrive plus vite à destination qu’un train marquant l’arrêt partout, qui sont déterminantes… ?

    Tout ça pour dire qu’il y a dans le mystère des trains vides une vérité qui m’échappe. Et qui permettrait peut-être d’expliquer pourquoi la SNCB souhaite faire l’économie, dès décembre, de deux trains pas si vides, ramenant chez eux des gens bien, fatigués ou juste retardés !

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    (ci-dessus: Il était 10h30 le 16 mai 2014 quand l'automotrice 961, assurant un train vers Erquelinnes, a fait son entrée en gare de Landelies.)